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2024, L’élément primaire

Texte par Thomas Duroux

Fil rouge

2024, L’élément primaire

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2024, L’élément primaire

Le ciel ne nous donne pas toujours l’emploi du temps.

2024, L’élément primaire

La loi primordiale du travail de la vigne est de ne pas aller contre la Nature, mais de suivre son exemple : ne pas forcer la matière mais travailler avec. Ainsi, le vigneron fait corps face à l’épreuve. Sur ce point, 2024 n’aura laissé aucun répit aux équipes. Il a fallu réagir aux conditions du ciel en temps réel, sans cesse s’adapter, suivre sans faiblir le tempo brusque du végétal et vendanger avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Au final pourtant, la récolte nous honore.

Habitués aux printemps hostiles, nous avons collectivement acquis de bons réflexes

Les conditions météorologiques ont rendu l’élaboration du millésime particulièrement difficile. Il a plu quasiment 100% de plus que la moyenne décennale. Des traces de mildiou sont apparues dès le 22 avril, avec une précocité totalement inédite. Cette pression a exigé une attention de tous les instants pour les équipes, dédiées comme jamais au vignoble. Seule l’expérience des millésimes précédents nous a permis de faire face.

Au fil de l’année, nous avons beaucoup discuté entre nous, oscillé en permanence entre des sentiments opposés, le doute et l’espoir. Dès la fin de la floraison, nous savions que nos parcelles les plus sensibles, celle de nos vieux merlots, n’échapperaient pas à la coulure. Puis l’été nous a rassurés : nous avons connu deux mois secs, une trêve salutaire avant le retour d’une pluie battante en septembre qui a précipité les vendanges.

L’optimisme nous a rattrapés au cuvier, lorsque nous avons goûté les premiers jus. Les tanins révélaient leur potentiel, les orientations de vinification donnaient de très bons résultats. De jolies lumières ont commencé à s’allumer. Plus que jamais, la magie de l’assemblage a été déterminante. Nous avons construit l’édifice élément par élément, avec une minutie extrême, jusqu’au moment où l’harmonie s’est imposée d’elle-même, comme une image qui, soudain, se dépixelise, devient parfaitement nette.

Cette évidence de l’assemblage, nous l’avons éprouvée à la fois pour Château Palmer et pour Alter Ego. Deux vins très identitaires, forts de leur origine, ancrés dans leur terroir. Avec une très grande délicatesse de la structure tannique pour Alter Ego, une palette aromatique plaisante. Et un potentiel de garde qui ne l’empêchera pas d’être extrêmement séduisant dans ses jeunes années. De son côté, Château Palmer révèle un grain ample et velouté qui embrasse le palais, trouve aisément son point d’équilibre, d’harmonie.

Je me souviens du dernier jour des vendanges, lorsque la cheffe de culture a remis une gerbe de fleurs au maître de chai. Nous étions à la fois soulagés que ce millésime soit derrière nous, la pluie tenace, le mildiou virulent… Et fiers des efforts déployés, pleins d’espoir pour ces vins dont nous constations déjà l’équilibre et le potentiel. Dans un climat aussi perturbé, nous étions collectivement capables de produire des vins dignes de porter leur nom.

La minutie de l’assemblage et l’expérience de la vinification hissent ce millésime à son point de quintessence

Texte par Thomas Duroux